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Xavier Mathias : « On naît jardinier, on meurt apprenti »

Installé à Chédigny depuis 2004 en tant que maraîcher bio, Xavier Mathias se consacre désormais à la transmission de son savoir-faire. Auteur d’une vingtaine de livres, il intervient régulièrement sur France Inter, dans l’émission « La Quotidienne » sur France 5, et collabore pour plusieurs revues spécialisées en jardinage, dont Rustica ou L’Ami des Jardins. Formateur au Potager du Roy à Versailles, à l’école du Breuil à Vincennes et à la Ferme d’Avenir de Montlouis, il transmet les gestes du jardinier tout en cultivant une certaine philosophie de la vie.

Vous êtes originaire de Vouvray. Pourquoi vous êtes-vous installé à Chédigny ?

Je suis venu un jour me balader à Chédigny, et j’ai eu un vrai coup de cœur pour la démarche autour de la biodiversité, initiée par le maire, Pierre Louault. Je me suis dit : c’est là qu’il faut que je vive !  Pierre avait une vision très novatrice pour le village à l’époque, nous partagions les mêmes points de vue et il m’a tout de suite aidé à m’installer. Je lui suis très reconnaissant car il m’apporte un soutien infaillible, contre vents et marées depuis 13 ans. Bien sûr, j’ai apporté mon aide pour réaliser le potager du jardin de curé qui vient d’être aménagé près du presbytère.

Fils de viticulteur, pourquoi n’avez-vous pas suivi cette voie ?

Pour moi, la monoculture est une aberration ! Mon objectif était au contraire de cultiver en bio une grande diversité de légumes anciens (plus de 200 !)…  autant de trésors souterrains méconnus, comme l’oca du Pérou, la poire de terre ou la glycine tubéreuse. En bio, il faut accepter d’avoir des petits rendements et surtout rester humble face à la nature. On essaie, on tente, on fait des erreurs, on explore de nouvelles possibilités, sans s’agripper aux modèles que l’on connaît, car rien n’est permanent, sauf le changement !

 Pourquoi avez-vous appelé votre exploitation « le champ de pagaille » ?

Quand j’étais gamin, on me disait que je semais la pagaille… alors j’ai eu envie de la voir pousser ! Pour moi, la pagaille est quelque chose de gai, qui n’a rien à voir avec le foutoir !

Comment vous êtes-vous formé à la permaculture ?

Je suis fier de dire que je n’ai aucun diplôme ! J’ai juste eu la chance de rencontrer Jacques Plot : un paysan qui m’a tout appris et pour lequel j’ai une amitié quasi-filiale. Je l’appelle mon « trésor national vivant », comme dans la tradition japonaise : là-bas, lorsqu’un artisan arrive en fin de carrière, on estime qu’il est bon, puisqu’il a réussi à faire vivre sa famille grâce à la connaissance de son métier. L’état le qualifie alors de « trésor national vivant » et lui demande de former un jeune, moyennant une rétribution à la fois pour l’apprenti et pour le maître.

Vous êtes l’auteur d’une vingtaine de livres. Le dernier explique la technique du potager en lasagnes… De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’empiler des couches de déchets végétaux et de cartons en millefeuille pour faire du compost. Ca permet de créer un espace fertile n’importe où, même si la terre est pauvre. Les illustrations de Gilles Bonotaux sont à la fois drôles et sensibles.

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Aujourd’hui, vous transmettez à votre tour, et pas seulement dans les livres…

Le potager, au départ c’était une chanson de geste : les techniques se transmettaient oralement. Aujourd’hui, on a sacralisé l’écrit, c’est une erreur ! Dans mes formations, je rencontre des jeunes « hipsters » en reconversion professionnelle. Certains avaient une attirance naturelle pour la terre, pour le travail manuel, mais on les a arnaqués en leur disant qu’il fallait remplir des tableaux Excel pour réussir. Le problème de base, c’est la formation agricole : les jeunes sont complètement décalés de la réalité du terrain. D’ailleurs, on reconnaît un prof au fait qu’il n’a jamais quitté l’école ! Au Domaine de Chaumont-sur-Loire, je forme des personnels soignants et des agents techniques des hôpitaux ou des EHPAD qui souhaitent créer et animer un « jardin de soin et de santé ». Je commence chacune de mes interventions par cet adage que j’aime beaucoup : « on naît jardinier, mais on meurt apprenti« .

On dit que vous êtes dans la lignée de Pierre Rabhi, agriculteur, essayiste et fondateur du mouvement Colibris…

Ca, c’est un vrai compliment ! Il est vrai que Pierre Rabhi a participé à ma construction. Dans les années 90, on adulait Bernard Tapie et on dénigrait Pierre Rabhi…. Qui aurait pu prédire que trente ans plus tard, les tendances seraient complètement inversées ?

Vous intervenez régulièrement sur France 5, sur France Inter, vous collaborez pour quatre revues de jardinage…. Comment expliquez-vous cet engouement des médias pour la permaculture ?

De mon côté, je n’ai pas changé, et les plantes non plus. On m’a longtemps considéré comme « mi-beatnik, mi-amish » ! C’est le regard des autres qui a changé et je suis ravi de cet engouement ! Aujourd’hui, c’est devenu une mode. Pourtant, dès 1986, l’agriculteur japonais Fukuoka, l’un  des précurseurs de la permaculture, prônait déjà l’utilisation de techniques agricoles naturelles pour reverdir les déserts. Dans son ouvrage « La révolution d’un seul brin de paille », il rappelle un message important : « le but ultime de l’agriculture n’est pas de faire pousser des récoltes, mais la culture et l’accomplissement des êtres  humains ». Finalement, ce n’est pas le résultat qui compte, mais bien le chemin que l’on suit, un chemin propre à chacun. De tout cela, il restera forcément quelque chose de bon.

Quels sont vos projets ?

J’écris un essai qui sortira fin septembre aux éditions Larousse et qui s’intitulera : « Au cœur de la permaculture, l’humain ». Ce livre sortira en même temps que le documentaire « On a vingt ans pour changer le monde »* : un film d’Hélène Médigue qui explique toute la démarche menée par Maxime de Rostolan autour de l’agro-écologie dans sa « Ferme d’Avenir » à Montlouis. C’est une très belle aventure et je suis fier de travailler auprès de Max et de Pierre Pageot : ensemble, ils incarnent une nouvelle génération hyper-qualifiée, qui a envie de faire bouger le monde. Comme disait Gandhi : « sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Aujourd’hui, mon rêve serait de créer une « université internationale des savoir-faire agricoles » pour pouvoir partager les pratiques incroyables qui existent dans le monde entier, que l’on ignore et qui s’ignorent.

Quand vous étiez enfant, de quoi rêviez-vous ?

Mon seul objectif était de trouver une petite place dans la société et de satisfaire des besoins primaires : se nourrir, se vêtir, se blottir et se reproduire. Ma plus grande chance, c’est que l’argent ne m’intéresse pas ! Dans la vie, il faut faire ce que l’on aime et donner du sens à ce que l’on fait. Ce qui rend heureux, ce ne n’est pas de consommer, c’est d’être et de faire…. Et le jardin permet justement les deux : être actif et contemplatif !

 Xavier Mathias – Le Champ de Pagaille – www.facebook.com/lechampdepagaille

 

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