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Tours Madame

Philippe Le Feron – Profession : rocailleur-rustiqueur

TOURAINE SECRETE

Par Sandrine Dartois

Quel est le point commun entre le parc Mirabeau, le jardin des Prébendes, le parc Montsouris ou le Bois de Vincennes ? Ces élégants jardins publics abritent tous un petit patrimoine méconnu : de vraies œuvres en béton décoratif qui imitent le bois ou la pierre et nécessitent une attention particulière contre les assauts du temps. Un savoir-faire unique en France que le tourangeau Philippe le Feron s’attache à préserver et à transmettre, en toute humilité.

Qu’appelle-t-on le rusticage et le rocaillage ?

Le rusticage consiste à faire du patrimoine rustique en imitant le bois, les branches, les troncs, avec une structure métallique recouverte de ciment. Ces imitations peuvent prendre la forme de ponts, de kiosques, de bancs ou rambardes. Le rocaillage, c’est l’art d’imiter la pierre, pour réaliser de fausses grottes ou de faux rochers.

Quelle est l’origine de ces techniques ?

Cette mode remonte à l’exposition universelle de 1867, au cours de laquelle est présenté un matériau innovant : la pierre liquide, qui sèche beaucoup plus rapidement que la chaux. C’était formidable pour l’époque ! On s’est aperçu que l’on pouvait utiliser ce matériau à des fins de décoration. On retrouve alors du rusticage ou du rocaillage dans tous les parcs parisiens (Trocadéro, Buttes Chaumont, parc Montsouris…) et partout en France, parfois dans les jardins privés des maisons bourgeoises. La mode était de faire revenir la nature en ville !

Qui détenait ce savoir-faire ?

Ce sont surtout des maçons italiens, qui avaient une sensibilité artistique particulière, ou bien des grandes familles de la Creuse, qui se sont emparés de ce savoir-faire.  C’était sans doute le nec plus ultra de la maçonnerie. Chacun avait son coup de patte, ses astuces dans l’expression de l’écorce et de ses détails. Même si les maçons ne signaient pas leurs ouvrages, je suis certain que c’est le même artisan qui a réalisé le kiosque du parc Mirabeau et les garde-corps du jardin des Prébendes.

Ensuite, ce savoir-faire a disparu au gré de la modernisation après les deux guerres. En revanche, il existe aujourd’hui un gros travail de restauration de ce petit patrimoine méconnu. Comme ces maçons étaient sans doute illettrés,  il ne reste aucun écrit. Heureusement, on peut parfois s’appuyer sur des photos, comme dans le jardin de la Préfecture de Tours, où j’ai reconstitué fidèlement un pont à partir d’une photo de 1906.

Comment vous êtes-vous formé ?

Au départ, j’ai suivi une formation en aménagement du territoire à Tours. Au cours de mes stages, je me suis spécialisé dans la sauvegarde et la valorisation du petit patrimoine populaire, que l’on appelle « vernaculaire » : les puits, les fours à pain, les moulins… Ensuite, je me suis passionné pour la mosaïque pendant une vingtaine d’années, en tant qu’artiste. J’ai alors déposé un brevet pour reconstituer de la mosaïque gallo-romaine avec des tesselles en ciment. Comme je travaillais sur des bétons plastifiés, j’ai été retenu pour restaurer les garde-corps situés près de la source du jardin des Prébendes. En 2002, j’ai restauré le kiosque du parc Mirabeau et je me suis lancé dans cette activité. J’ai répondu à un appel d’offres de la Mairie de Paris pour la restauration des Buttes Chaumont. Je n’ai pas été retenu pour ce chantier, mais finalement j’ai été sollicité pour former les maçons de la ville de Paris pendant trois ans. Chaque année, j’y retourne pour des chantiers de création, comme la réalisation d’une cascade ou d’une fosse grotte dans le bois de Vincennes.

Combien de rocailleurs-rustiqueurs exercent cette profession en France à ce jour ?

Nous sommes plusieurs à faire de la création, mais je suis le seul à m’être spécialisé dans la restauration. C’est pour cette raison que l’on m’a confié la restauration du splendide parc du château de la Celle-St-Cloud, qui est la résidence du Ministre des Affaires Etrangères. J’ai la chance de travailler dans des lieux somptueux qui ne sont pas ouverts au public ! Je me déplace partout en France : on trouve du rusticage dans le sud, depuis l’Italie, en remontant le couloir rhodanien, puis vers le pays basque et sur toute la côté Atlantique.

Le rusticage reste un secteur de niche, un art singulier typique d’une époque, souvent décrié, que j’ai envie de remettre en valeur.  J’aimerais  sensibiliser le public à cet art des jardins. Quand les gens me voient travailler dans les jardins publics, ils me remercient de restaurer ces monuments qui sont souvent liés à des souvenirs d’enfance.

Comment se passe la transmission de votre savoir-faire ?

Il est très compliqué de former, car le métier de rocailleur-rustiqueur n’existe plus dans la nomenclature. Ceci étant, il n’y a pas besoin de sortir de St-Cyr pour faire ce métier : tout le monde est capable d’imaginer un  tronc d’arbre ou une fausse branche.  En revanche, il existe une vraie technique et des détails importants à respecter : par exemple des fausses cordes, de fausses plaques, de faux clous… Mais du vrai trompe-l’œil ! J’ai remarqué que les filles étaient souvent très douées pour travailler finement ce genre de détails.

Quels sont vos projets ?

J’aimerais restaurer les magnifiques rocailles du Moulin d’Andé en Normandie. Actuellement je réponds à un appel d’offres pour créer un jardin type XIXème derrière la fondation Louis Vuitton. Enfin, à Saint-Cyr-sur-Loire, il existe un patrimoine phénoménal que l’on aperçoit depuis les quais : un kiosque en rocaille sur un amoncellement de pierres que j’aimerais vraiment découvrir !

PHILIPPE LE FERON

44, Rue de l’Ermitage – 37100  TOURS – 06 89 15 17 24

www.rocaillage-rusticage.fr

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