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Tours Madame

NATALIE DESSAY : “Tours m’a adoptée !”

© Simon Fowler

L’interview de Christian Panvert

Pour sa première expérience au théâtre, la célèbre cantatrice a choisi le Centre Dramatique Régional de Tours. En juin dernier, elle triomphait dans “Und” de l’anglais Howard Barker, dans une mise en scène remarquable de Jacques Vincey. Seule actrice en scène, accompagnée par le musicien Alexandre Meyer, pendant plus d’une heure, Natalie Dessay y est époustouflante. La pièce qui connaît un succès considérable en tournée a une nouvelle fois fait étape au Théâtre Olympia. Un bonheur pour l’artiste, très attachée à la ville.

Pourquoi avez-vous entamé une carrière au théâtre ?
Mon désir a toujours été d’être comédienne. J’avais l’envie de me coltiner aux mots. A l’opéra, on est beaucoup moins proche du texte. La musique nous indique tout. La marge de créativité est bien moindre. La pièce Und est d’une très grande ambition. Pas seulement parce qu’il s’agit d’un monologue mais d’un texte exigeant, poétique. Je ne pouvais pas espérer mieux pour commencer. Il m’a fallu 30 ans pour avoir le courage de jouer sans chanter.

Pourquoi seulement maintenant ?
Ma carrière est faite. Je n’ai plus 25 ans. Je veux m’amuser le plus possible pour espérer amuser les autres. J’ai été touchée par les critiques très laudatives. Mais moi, je sais que je suis une comédienne depuis toujours. Mon principal souci est de savoir qui va me donner le loisir et la possibilité de m’exprimer encore.

Les sollicitations ne doivent pas manquer ?
Ce n’est pas si simple. A l’opéra, tout était facile. Les producteurs appelaient mon agent et je suivais le mouvement. Au théâtre, c’est plus compliqué car je suis moins légitime que d’autres. Je ne croule pas sous les propositions  intéressantes.

Le public de l’art lyrique ne rajeunit pas. Est-ce que cela vous inquiète ?
On me dit, depuis 30 ans, que le public est vieux. Mais je constate qu’il est toujours là. L’opéra attire les vieux. Mais les vieux sont de plus en plus nombreux et se renouvellent. On ne peut pas forcer les jeunes à s’intéresser à un art qui est malgré tout un art du passé.

Vous souvenez-vous de votre premier opéra ?
“Tristan et Isolde” de Richard Wagner. J’avais 15 ans. Je l’avais trouvé chiant et il était chiant ! Ça ne m’a pas plu du tout car je n’étais pas prête à recevoir ça ! Mais oui, un opéra réussi est le plus beau des spectacles. Pour les jeunes comme pour les vieux…

Vous venez de publier “Pictures of America”, des standards du jazz et de la comédie musicale. Est-ce une nouvelle étape dans votre carrière ?
Je n’écoute quasiment que du jazz à la maison. Et j’aime énormément la comédie musicale. Les mélodies, les harmonies et les textes sont d’une grande richesse. C’est un mariage de la poésie et de la musique.

Vous avez accepté d’être la marraine du tout nouveau festival de la ville de Tours “Concerts d’Automne”, consacré aux musiques anciennes. Pourquoi ce choix ?
J’accepte très rarement les parrainages. Je suis marraine du CRÉA à Aulnay-sous-Bois, un centre de création vocale et scénique qui offre la possibilité à des jeunes de pratiquer le chant et les arts de la scène sans audition. Je suis marraine de la Chaîne de l’Espoir qui intervient dans plus de 30 pays pour offrir un accès aux soins et à l’éducation aux enfants les plus démunis, et donc, du festival Concerts d’Automne, consacré à la musique ancienne. J’adore
la musique baroque. Christine Beuzelin, l’adjointe chargée de la culture et Alessandro Di Profio, grand spécialiste, m’ont convaincue.

Vous avez eu un véritable coup de foudre pour la ville de Tours ?
Je m’y suis tout de suite sentie bien. Je ne suis pas née ici. Je n’ai pas de famille ici. J’aurais pu avoir un partenariat avec Bordeaux où j’ai grandi ou avec Lyon où je suis née. Et bien non, c’est Tours qui m’a adoptée. On s’est choisies. C’est ça l’amour !

©Simon Fowler
“PICTURES OF AMERICA” – par Natalie Dessay, Claire Gibault, The Paris Mozart Orchestra (Sony classical)

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