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Tours Madame

Hommage à Gonzague Saint-Bris : « Il aimait aimer »

Par Christian Panvert

© Frederic Myss

Gonzague est mon ami, comment parler de lui au passé. Un être extraordinaire, hors du commun qui fait de la vie une aventure et vous embarque avec lui. Ce n’est pas tant que « rien n’est impossible », avec lui, « tout est toujours possible. » Animé d’une énergie débordante, il a le don des rencontres, des instants exceptionnels et des fulgurances. Un sens de la formule au service de son art.

Je me souviens avec émotion de moments de travail ensemble notamment autour de l’organisation des plateaux du café littéraire pour la Forêt des Livres, des idées partagées, des défis à relever, des discussions animées jusque dans la nuit, des rires qui fusaient, des trajets de Tours à Chanceaux-près-Loches où nous évoquions nos projets, les invités, les prix, la rentrée littéraire mais aussi nos vies, nos doutes et nos espoirs. Souvenir aussi des fêtes qu’il donnait avec générosité, des instantanés de vie partagés. Il nous offrait des moments inoubliables. Il savait façonner les instants pour en faire des souvenirs. Trente ans d’amitié sans jamais une anicroche, un lien d’une qualité rare, à son image. « Flatte tes amis en public , reprends les en privé » aimait-il à rappeler. C’était aussi ça l’élégance de Gonzague. Les souvenirs se bousculent mais dans ce foisonnement d’images et de mots me reviennent surtout sa voix, sa maîtrise des nuances de la langue française pour rendre les histoires passionnantes, sa curiosité insatiable, son intuition géniale.

Doué de multiples talents, il pouvait dérouter, susciter l’étonnement mais il assumait ses paradoxes en homme
profondément libre. Lui qui souhaitait devenir un « immortel » au sein de la prestigieuse Académie Française, il l’est dans notre mémoire. Celle du public si fidèle, de Marie-Claude Mahiette, directrice de l’événement, de Nadine Théret sa collaboratrice, et des 250 bénévoles qui ont fait avec lui le succès durant 22 ans du « Woodstock de la littérature » en Touraine.

Yann Queffélec, écrivain
« Pour reprendre une phrase célèbre de Victor Hugo, chacun en a sa part et tous l’ont tout entier. Chacun a son Gonzague. C’était un enchanteur, un homme d’appétit. Il ne cessait de réveiller cette fringale de vie qui fait que nous sommes tous plus grands que nous ne pensons l’être. »

Marlène Jobert, actrice
« Gonzague était un conteur hors-pair. Nous avions le projet de faire des chroniques à destination des enfants pour les intéresser à l’histoire d’une manière ludique et attractive. »

 

Philippe Labro écrivain
« Il avait une grande qualité : il aimait aimer  » .

 

 

Gérard Jugnot, acteur
« Je suis venu ici pour la première fois. Et il n’est pas là ! C’est troublant. Ici, les gens viennent faire dédicacer leurs livres. Et pas seulement des selfies. Il voulait monter sur la scène du théâtre Hébertot. Ça aurait marché car il était
un conteur exceptionnel. »

Irène Frain auteure
« Contrairement à beaucoup de gens dans ce milieu, il ne disait pas du mal des autres. Lors d’une soirée, on avait demandé à des écrivains de choisir un costume. Je l’imaginais en Lord Byron ou Alfred de Musset. Gonzague s’est costumé en Colonel Chabert, personnage cassé, douloureux. En lui, il y avait de grandes douleurs secrètes. Il se sentait parfois mal aimé. Pour se faire aimer, il a choisi d’aimer davantage. »

Jean-Marie Rouart, académicien
« Il a prêté le flanc à la critique par son exposition médiatique. On a trop peu rendu hommage à son talent d’écrivain, original et baroque. Le malentendu accompagne souvent de grands écrivains. Balzac n’a eu que deux voix à l’Académie Française. Finalement le malentendu donne de la noblesse à l’écrivain. Gonzague aimait répéter cette phrase de Chopin : « vous jouerez du Mozart en souvenir de moi ». Il suffira de relire ses beaux livres, de penser à lui, à l’ami si tendre pour entendre battre son coeur » .

Françoise Chandernagor
vice-présidente de l’Académie Goncourt « Gonzague était quelqu’un de profondément gentil. J’entends ce mot de gentil comme on l’entend dans gentilhomme. Il était courtois, prévenant, empathique. Il avait fait sienne la devise de Marcel Proust : « le comble de l’intelligence, c’est la bonté ».

 

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